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samedi 2 février 2013

Jeunes, porteurs d'espoir?

La jeunesse est l'avenir d'un pays. Une phrase souvent employée et discutée qui a pris tout son sens aujourd'hui lors du débat "Débattez-vous ! Indignez-vous ! Barrez-vous ! Mais que font les jeunes ?" Entourés de Nicolas Demorand, et de Martin Quehehen, animateur à France Culture, les jeunes ont exposé leur vision de l'engagement. Un message résolument optimiste et forcément innovant.


Bénédicte Didier (à gauche) est assise à côté de Frédéric Maillot. 
(Crédit photo : Lucie Gruau)


Le hacking, une nouvelle forme d'engagement

Désormais, les révolutions se jouent aussi sur Internet. Finis le temps des lancers de pavés. Pour se faire entendre, les jeunes ne descendent plus seulement dans la rue. S'organiser, échanger, se rassembler pour former des "network" ("réseau" en anglais), le nouveau maître-mot. "L'engagement à la papa, le syndicalisme, ça ne m'intéresse pas. Moi, je me suis rendue compte que j'étais une geek en puissance" explique à la tribune Bénédicte Didier, en service civique. Des propos que nuancent Frédéric Maillot, président du RSKP, un mouvement qui prend naissance dans les émeutes du Chaudron à La Réunion. « Il ne suffit pas de mettre j'aime sur une page Facebook pour être engagé. ». Internet devient un outil de communication mais pas nécessairement un moteur. Et même si les mouvements sociaux mutent, le combat, lui, reste et trouve ses origines en amont. Et peut, parfois, prendre racine à l'étranger.

Explorer le monde, oui mais à quel prix ?

"Se barrer", un rêve d'exil qui coûte cher. L'évasion se mérite et se paye, souvent le prix fort. Et dans un pays comme la France, qui mise surtout sur Erasmus, l'égalité des chances en matière d'échanges internationaux semblent rester un vieil idéal. Bénédicte Didier, le dit sans détours. « Concrètement, comment fait-on pour partir six mois aux Etats-Unis, ou deux mois en Irlande l'été pour apprendre à parler anglais si on pas des parents aisés ? ». Et avant tout départ, il faut un but, une envie. Ne pas seulement partir pour partir. « La mobilité ne doit pas devenir une obligation » lance Frédéric Maillot.

Penser collectif

Voyager ne suffit pas. Ce qui compte c'est de faire des rencontres décisives pour se découvrir une lutte. Et l'engagement peut prendre du temps à éclore. Les jeunes avancent à leur rythme. Mais le principal c'est « de se mettre à penser à l'intérêt général, être prêt à un don de soi. » conclut Bénédicte Didier.

Lucie Gruau

François Dubet : "Nous sommes paralysés par la grandeur de notre histoire"

François Dubet, sociologue spécialiste de l'école et de l'éducation, est intervenu lors de la conférence  "Quelle école idéale pour l'Europe ?". Entretien avec le sociologue et deux jeunes présents à la tribune.



François Dubet a notamment débattu avec Bruno Julliard et Philippe Sultan (crédit photo : Antoine Beneytou)


Ce qu’il apparaît de cette conférence, c’est que l’école française a du mal à se réformer non ?

Je crois que l’école française s’adapte aux changements sociaux parce qu’elle n’a pas le choix. Cependant ces adaptations ne sont pas pensées comme une transformation du système et donc on a un sentiment de blocage.

Comment expliquez-vous ce blocage ?
La structure même du système est très lourde, ce que Claude Allègre a appelé "le mammouth". Et puis ceux qui tirent les meilleurs résultats du système scolaire ne tiennent pas tant que ça à ce qu’il change.  Donc il faut beaucoup de volonté politique pour arriver à transformer l’école.

Vous indiquiez également que l’école accentue les inégalités sociales?
Oui. Si on compare l’amplitude des inégalités sociales avec l’amplitude des inégalités scolaires, en France, cette dernière est supérieure à l’amplitude des inégalités sociales, alors que dans d’autres pays c’est l’inverse. Donc notre école qui est très soucieuse d’égalité, en réalité, elle n’est pas très bonne dans ce registre. 

Vous parliez d’une sacralisation de l’école. Qu'entendez-vous par là ?
C’est un raisonnement historique qui consiste à dire que la France doit former des citoyens républicains. Cette France là elle a été faite par l’école. Et donc il y a une nostalgie d’un certain modèle scolaire, qui fait que chaque fois que l’école se transforme, on a l’impression qu’on va perdre notre âme et notre identité. Cela nous paralyse car il y a toujours la crainte que notre niveau intellectuel s’effondre et que les traditions nationales disparaissent. Je dirais qu’on est paralysé par la grandeur de notre histoire.






Paroles de jeunes


Au cours de ce débat il a beaucoup été question de l'état des lieux de l'école française et finalement peu de l'Europe. A la tribune Benoît et Leïla, tout deux 17 ans et en 1ère ES à la Cité Scolaire Internationale ont donné leur avis sur la situation du système scolaire français. Riches d'expériences à l'étranger, ils ont notamment indiqué que les élèves français avaient une image très négative de leur école. Nous les avons retrouvé à la fin de la conférence et ils nous ont livré leurs témoignages.

Les nouveaux visages du Vieux-Continent

La jeunesse européenne était à l’honneur lors du Forum Libé à Grenoble. Diffusée pendant tout l’été dernier et actuellement tous les samedis sur France Inter, l’émission "I Like Europe" présente le parcours, parfois tumultueux, de jeunes européens. Les productrices de l’émission, Caroline Gillet et Aurélie Charon, ainsi que deux protagonistes de la série, étaient présentes pour faire partager leur vision de l’Europe.



De gauche à droite : Amra, Aurélie Charon, Caroline Gillet, Gal
(Crédit photo : Colin Côte)

L’idée de réaliser cette émission a germé dans l’esprit des deux productrices suite à un projet autour de la jeunesse algérienne. Elles se sont aperçues de l'étanchéité des frontières entre les rives de la Méditerranée et ont voulu prolonger l’expérience autour de la jeunesse européenne. Elles sont donc parties à la recherche de ces visages, de ces expériences qui façonnent l’Europe, dépassant parfois les frontières rigides de l’Union Européenne. 

"Shalom à tout le monde", c’est par ces mots que Gal Hurvitz débute son intervention. Cette israélienne a récemment reçu son passeport polonais, et vit actuellement à Paris. Elle s'est embarquée dans le projet radiophonique "I like Europe" avec l’invitation de Caroline Gillet et Aurélie Charon pour un séjour à Berlin. Une invitation qu’elle décline au premier abord. Les mémoires de la Seconde Guerre mondiale sont vivaces et les horreurs de l’Holocauste encore trop présents dans l’esprit de sa famille. Elle décide finalement de se joindre au voyage dans ce pays qu’elle ne connait pas et de découvrir Berlin, capitale de l’ancien Reich allemand. Une décision que n’a pas toujours comprise sa famille. En particulier sa grand-mère "aux trois amants", israélienne d’origine russe, qui, apprenant son départ pour Berlin, lui a simplement demandé "As-tu oublié quelque chose là-bas ?" La réconciliation avec l’Allemagne n’est donc pas encore d’actualité pour certaines générations israéliennes. Pourtant, au cours de ce séjour à Berlin, le trio rencontre un couple germano-israélien, une symbiose entre des histoires nationales qui se sont longtemps opposées mais qui aujourd’hui tentent de se réconcilier et de construire l’Europe. Même si elle avoue que cette idée d’Europe lui échappe un peu par moments, elle reconnaît "[qu’]aujourd’hui, [elle est] européenne". Elle est venue sur le Vieux-Continent pour "échapper aux cafards et à l’armée", et pour elle, son nouveau passeport est un précieux laisser-passer dans une Europe "qu'on peut traverser avec une voiture seulement". Un symbole d’intégration pour celle dont le prénom signifie "vague" en hébreu. En lui donnant ce prénom, sa mère souhaitait qu’elle ne se fixe pas de limites, comme une vague dans un océan.

Face à la montée des nationalismes partout en Europe, le parcours d’Amra Plasto, bosnienne, fait figure d’exemple. Née a Sarajevo, capitale de l’ex-Yougoslavie où "les mosquées côtoient les églises et les synagogues", sa famille s’est trouvée au premier rang des affrontements inter-ethniques durant la guerre au début des années 1990. Son père musulman et sa mère catholique orthodoxe ont subi, raconte-t-elle, "des pressions pour faire exploser leur couple" ce qui a pu nuire notamment à leur carrière professionnelle. Sa famille a donc été le symbole d’une union entre deux communautés qui se déchirent. "Le Coran et la Bible ont toujours été côte à côte chez moi, sans que cela ne pose de problème" déclare-t-elle. Au cours du séjour à Sarajevo, l’émission s’est intéressée à Nasa Stranka, un parti politique d’intellectuels bosniens regroupant toutes les sensibilités religieuses dont le but est de promouvoir le dialogue et la paix entre les communautés de la région. Amra reconnaît avoir été élevée "au milieu de l’Orient et de l’Occident" et estime savoir en tirer des éléments positifs. Elle pose un regard lucide et même agacé sur la recrudescence des nationalismes européens à travers l’histoire de son pays. "On a tous souffert à cause de ces affrontements. Pour moi, personne n'a gagné cette guerre" déclare-t-elle. L’enfance d’Amra, vécue au cœur des querelles ethniques, témoigne d’un manque de vivre ensemble des communautés qui finalement n’ont pas pris le temps de s’écouter.

Quand entrepreneurs, jeunes et élus parlent mobilité



C’est le maître mot de la conférence, et une question qui reste discrète dans les priorités politiques de notre pays. Pourtant, la mobilité est un enjeu crucial dans la construction d’une vie professionnelle et sociale, notamment pour les jeunes.



De gauche à droite: Florence Gilbert, Claire Martin, Cécile Pavageau et Yacine Kara.

(Crédit photo: Benjamin Rieth)


"Peut-être a-t-on touché la limite des transports en commun ?" interroge la modératrice du débat, Cécile Pavageau, avocate au barreau de Paris et conseillère à TRANSAMO, une organisation de conseil dans le domaine des transports. Entre écologie, transports responsables et désertion dans les campagnes, le sujet est vaste. Yacine Kara, PDG d’Ecolotrans, insiste sur la capacité des jeunes générations à être plus responsables, notamment en envisageant l'avenir au volant de véhicules électriques. Pour lui, embaucher des jeunes chauffeurs sans beaucoup d’expérience est "une vocation sociale".

Claire Martin, de Renault, pointe les "1, 2 milliards d’automobiles dans le monde", ajoutant que malgré la crise, 70 à 80 millions de véhicules neufs par an sont toujours vendus dans le monde. Malgré ces ventes, la voiture n’est pas le seul moyen de transport, et il est loin d’être le plus accessible pour les jeunes en France.

Pour Florence Gilbert, de Voiture & co, 3,4% des jeunes en France ne sont pas du tout mobiles. L’entreprise, à vocation sociale, a plusieurs plates-formes de mobilité qui cherchent à analyser et trouver des solutions aux problèmes de mobilité des français, dont les jeunes. Dans un pays où l’entretien d’une voiture revient à 4 000€ par an, les solutions alternatives ont leur place : train, vélo, marche... Voire les transports gratuits avec l’exemple de la ville d'Aubagne. Peu pertinent auprès des jeunes qui se déplacent davantage vers Marseille, Aix-en-Provence ou Cassis, plutôt que dans l'arrière pays. 

Dans le public, le vice-président du Conseil Général de l’Isère, Claude Bertrand, pointe un problème qui lui paraît plus pertinent: l’urbanisation telle qu’elle a été mise en place ne serait pas adaptée aux jeunes dans leurs déplacements quotidiens vers l’école, un apprentissage, voire un emploi. Et pour les jeunes des campagnes, c’est aussi un frein à la culture. 

Dans l'assemblée, une personne critique les propos des intervenants, "c’est un peu Paris qui descend en province!" Les incompréhensions entre le public et le plateau seraient-ils dues aux différences géographiques? Un débat se construit sur l'écart entre les idées et la pratique. "C’est vrai que c’était un peu à côté" commente une jeune femme dans la salle. Certes, mais le public y a remédié.

Jeunesse et Europe : le statu quo


Durant les deux jours qui constituent le forum Libération consacré aux jeunes, l’Europe est l'un des thèmes centraux. "Existe-t-il un sentiment d'appartenance à l'Europe?", question inévitable, qui était l'objet d'un débat hier.

De gauche à droite : Mélanie Gros, Philippe Perchoc, Guillaume Klossa et Peter Matjasic 
(crédit photo : Pierre-François Yves)

Les jeunes et l’Europe, c’est une histoire compliquée. C’est ainsi que le débat a été présenté hier soir à la MC2 de Grenoble. A la présentation des invités, on imaginait déjà la tournure qu’il allait prendre : Mélanie Gros, une étudiante ayant fait un séjour en Lituanie dans le cadre du service volontaire européen, le président d’EuropaNova Guillaume Klossa et le Slovène Peter Matjasic, président du Forum européen de la jeunesse. Trois pro-européens et aucun spécialiste pour les contredire si ce n’est les spectateurs présents. Malheureusement, aucun expert n'était caché parmi eux.

Pas très accrocheur donc. Le déroulement de la conférence n’a pas arrangé les choses, se contentant du bon vieux schéma "constat puis perspectives". Le thème, certes déjà vu, a pourtant été bien introduit : y a-t-il un déficit de conscience de l’Europe chez les jeunes ou vis à vis des jeunes?

Si l’on devait résumer la relation entre jeunesse et Europe le mot "mobilité" suffirait largement.  Les différents programmes d'échange d'étudiants, notamment Erasmus, ont permis jusqu’aujourd’hui à 3 millions d’étudiants de voyager en Europe. Un succès. Mais il s’avère qu’Erasmus n’est pas accessible à tous, d’où l’importance du vote prochain sur le budget du nouveau programme "Erasmus pour tous". Un nouveau format que ne semble pas désirer la ministre de l’Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, selon Guillaume Klossa.

Peter Matjasic, Européen convaincu, n’a pas su convaincre. Les institutions européennes font des rapports, proposent des solutions. Problème: celles-ci se réalisent au niveau national et aucun pays ne veut se risquer à trop investir dans la jeunesse, se satisfaisant de ce qui est déjà fait. "Les élections européennes sont devenues des élections nationales" surenchérit Peter Matjasic.

Le tableau n’est pas si noir. Ce que l’on ne sait pas, par exemple, c’est que la première raison de mobilité intra-européenne est l’amour.

La solution au problème pourrait venir des élites. Or, ces dernières "se disent européennes mais ne le sont pas" commente Guillaume Klossa. On assiste donc à un statu quo. Les remèdes proposés lors du débat ont déjà été entendues : investir dans la mobilité, développer la conscience européenne à l’école, mettre en avant les programmes de mobilité.

L’Europe et l’Union européenne tournent en rond avec un système rempli de bonnes volontés, mais trop frileux. L’avenir de la jeunesse passe par l’UE, « le laboratoire du monde de demain » selon Guillaume Klossa. On a vu meilleur exemple…

Les quotas: une solution pour la diversité et la parité?

Le débat sur la diversité et la parité, organisé par le think tank les Gracques, a réuni Lilian Thuram, Pascal Blanchart, historien spécialiste du fait colonial et de l’immigration, et Marie-Laure Sauty de Chalon, à la tête d'Aufeminin.com. Parmi les questions essentielles abordées au cours du débat: les quotas. Faut-il, oui ou non, imposer des quotas pour sortir du carcan inégalitaire qui s’empare de la société française? 

Moment de complicité entre Lilian Thuram et un petit garcon suite au débat
     (crédit photo : Dounia Hadni)

L’archétype du sportif intellectuel, Lilian Thuram, donne le ton: "Moi, joueur de foot, je m’interroge quand j’entends qu’il y a 0% d’entraîneurs sportifs de couleur". Il faudrait comptabiliser ce genre de choses auprès des fédérations et élargir ce procédé à d’autres institutions. Marie-Laure Sauty de Chalon enchaîne en fustigeant la moitié des sociétés du CAC40 qui ne compterait "aucun noir, arabe ou asiatique". De la même façon que la loi sanctionne les partis politiques qui ne placent pas assez de femmes aux manettes; elle devrait aussi le faire dès qu’il s’agit des minorités dites visibles, déclare Pascal Blanchart. D'après lui, les pays nordiques adoptent effectivement la logique de la contrainte et "ça fonctionne!". Les trois interlocuteurs s’accordent sur la nécessité de "mettre des quotas en place pour changer les pratiques et les habitudes". Aux Etats-Unis, c’est déjà en cours de réalisation.

L’échange prend une tournure un peu plus grave lorsqu’une jeune femme, Magalie, intervient: "Je fais partie de ces femmes qui combattent la loi sur la parité et qui se battent pour l’égalité des chances au niveau individuel". 
Lilian Thuram réplique, fermement, en disant que "nous vivons dans des sociétés où ces problématiques existent et on ne peut, donc, en aucun cas les nier". De même pour ce ce qui est du sexisme et des avantages accordés ou non aux individus, selon leurs origines. Ainsi, comme la parité, la diversité devrait être construite justement parce qu’elle n’a rien d’inné. 


Le ton monte à la fin du débat entre Pascal Blanchart (à droite) et un jeune, 
à propos de sa légitimité à parler de diversité. 
(Crédit photo: Dounia Hadni)


La représentativité des minorités dans les publicités et les films choque Lilian Thuram. A l’origine de la reproduction perpétuelle de ce genre de stéréotypes: "la peur communautaire" dit-il. En outre, Pascal Blanchard assimile ces fantasmes véhiculés par les images des banlieues dans de nombreux reportages au mythe de "l’invasion noire", répandu en 1905. Ceci amène le footballeur à évoquer la polémique récente des quotas concernant le statut des joueurs de foot franco-africains (binationaux), qui ont mis en cause Laurent Blanc et François Blaquart, directeur technique national de la FFF . Il dénonce ce type de discours "en surface" contre lequel il faudrait lutter. De fait, aucune proposition concrète n'en a découlé. François Blaquart "(est) toujours directeur national technique de la fédération, un poste clé, sans que les journalistes crient au scandale ou que la fédération prenne acte de la gravité de son implication dans cette problématique; raciste qui plus est". 

Dounia Hadni

vendredi 1 février 2013

Aziz Karim, parcours d'un élève "décroché-raccroché"

La centaine de spectateurs présente à la conférence sur le décrochage scolaire a appris à le connaître. Aziz Karim Megharbi a 19 ans et fait partie de ces élèves dont on dit qu’ils n’ont jamais accroché. Mais ça, c’était avant.

Aziz Karim Megharbi (Crédit photo: Antoine Beneytou)

Aujourd’hui, le grenoblois est élève au CLEPT de Grenoble: le Collège-Lycée Elitaire Pour Tous. Il s'agit d'un établissement de l’Education nationale destinée aux décrocheurs scolaires et qui doit "permettre aux jeunes en rupture scolaire avérée de reprendre un itinéraire d’études," explique la co-fondatrice, Marie Cécile Bloch. "Visiblement, au CLEPT, Aziz Karim a appris a s’exprimer en public" sourit Philippe Douroux, journaliste à Libération et modérateur de la conférence. Volubile, réfléchi, pertinent, n’hésitant pas à interpeller la ministre déléguée à l’éducation nationale George Pau-Langevin, Aziz Karim semble aujourd’hui bien dans ses baskets.

"Un bon prof, c'est quelqu'un qui se remet en question"
Confiant, au point même de donner des conseils au micro à une adolescente décrochée scolairement : "Je suis aussi là pour que mon expérience puisse faire écho et fasse réfléchir certaines personnes. C’est pour ça que je me suis permis de lui dire de voir ce qui se faisait ailleurs". A la veille de passer son bac, le lycéen est donc pleinement épanoui. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Son décrochage, il s’en est rendu compte à 14 ans : "J’avais plein de projets, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas les concrétiser", explique t-il. 
Réorienté il fréquente alors des établissements alternatifs pour le préparer aux métiers du BTP: "Mais ça ne m’intéressait pas du tout, moi ce que je voulais faire, c’était de l’informatique". Malgré une formation qui ne lui plaît guère, Aziz Karim se forme en autodidacte puis intègre le CLEPT, bien décidé à reprendre ses études. Dans un entretien d'entrée à cet établissement il explique notamment que pour lui "un bon prof, c'est quelqu'un qui sait se remettre en question". L'adolescent ne veut plus voir l'école comme un lieu d'humiliation.

Passioné de philo et futur comédien
Au CLEPT, il redécouvre les matières théoriques, le français, les maths et même la philosophie, sa matière préférée. Pas de doute il est à l’aise dans cette structure "où l’élève participe plus, et considéré en tant que personne". Même son de cloche pour Samantha, assise à sa droite, sa camarade en Terminale S: "Au CLEPT, on a confiance en moi, cela ne sert à rien de mettre la pression aux élèves, on est tous capables de faire des choses exceptionnelles". Et quid de l’avenir? Entré au CLEPT avec l’ambition de travailler dans l’informatique, Aziz Karim s’est découvert une nouvelle passion: la comédie. Une fois son bac en poche, il prévoit de suivre une formation théâtrale au Conservatoire de Grenoble.

Le témoignage d'Aziz Karim :


Jeunes et police, un débat sans fin ?

Sihame Assebague, porte-parole du collectif Stop le Contrôle au Faciès, Fabien Jobard directeur du Centre de recherche Sociologique sur le droit et les institutions pénales, et Hélène Vincent, adjointe à la jeunesse de la mairie de Grenoble ont débattu aujourd’hui sur les rapports entre les jeunes et la police.


Hélène Vincent, Fabien Jobard, Alice Géraud et Sihame Assebague.

"Aujourd’hui, la question des rapports entre la jeunesse et la police est une question taboue, traitée de façon autoritaire et sécuritaire, et non démocratique" déclare Alice Géraud, journaliste à Libération et modératrice du débat. Les adultes, démissionnaires, seraient absents de l’espace public, les jeunes n’auraient donc plus de cadres, ni de contraintes. Peu à peu, la police se substituerait à ce cadre, et deviendrait le seul interlocuteur des jeunes, incarnant ainsi l’autorité contre laquelle se cristalliserait la colère de cette jeunesse qui ne se sent pas écoutée.

Dans les années 1990, une police de proximité inspirée de l’expérience américaine est mise en place comme alternative à la police judiciaire et punitive. Cette politique de dialogue est arrêtée dès les années 2000 par Nicolas Sarkozy, sous la pression des syndicats de police. Mais pour le collectif Stop le Contrôle au Faciès, ces relations étaient déjà les mêmes il y a 30 ans, on se souvient de la Marche des Beurs en 1983. La disparition de la police de proximité au profit d’une police « conflictuelle » n’a donc pas changé ces relations déjà tendues. Par ailleurs, depuis 1994 la révision du code pénal permet de poursuivre pénalement les mineurs. Le nombre d’interventions de la police et d’interpellations est donc gonflé, tout comme la quantité de délits. En conséquence, les conflits violents entre les jeunes et la police sont également multipliés.

Contrôle d’identité et palpation
Symptôme de ces relations conflictuelles, le contrôle d’identité occupe une place centrale dans ce débat. Ces contrôles réguliers qui, d’après l’étude de Fabien Jobard, visent particulièrement les hommes, jeunes, de couleur, habillé d’une certaine façon et portant un sac à dos, sont vécus comme des humiliations. Tout comme les palpations en pleine rue. Pour lutter contre ces discriminations, le collectif de Sihame Assebague souhaite mettre en place un récépissé de contrôle qui en cas de violation des droits permettrait de saisir le Défenseur des Droits.

« Remettre justice et égalité là où il n’y en plus ».
Aujourd’hui, 5% seulement de ces contrôles mènent à interpellations, le reste des contrôles ne sert à rien. Elus, sociologues et associatifs, tous s’accordent, il est nécessaire de rétablir le dialogue et le respect entre les jeunes, qui ont leur part de responsabilité, et la police. Pourtant, le récépissé a été abandonné par Manuel Valls, pour des raisons politiques, et sous la pression des tout puissants syndicats de police. Par ailleurs, en cas de bavure de la police, qu'il s'agisse de contrôles répétés ou de violences faites aux jeunes lors de manifestations et d’interpellations, les responsables ne sont que très rarement condamnés. Pour le sociologue fabien Jobard, la Justice qui est publique ne peut s’exprimer à l’encontre de la police. Mais c’est là un autre débat.

Interview : Les médias ont-ils joué un rôle dans la dégradation des rapports entre les jeunes et la police ?

Fabien Jobard est chargé de recherche au CNRS, et directeur du Centre de Recherches Sociologiques sur le Droit et les Institutions Pénales. Il est intervenu aujourd’hui  sur le thème « Jeunes et Police, après l’affrontement ? ». 


Fabien Jobard
(Crédit photo: Agathe Muller)
Pensez-vous que les médias aient joué un rôle dans la dégradation des relations entre les jeunes et la police ?

Les médias ont effet une part de responsabilité. Je pense qu’il y a eu une évolution brutale de leur rôle sur ce sujet à partir d’avril 2002. En regardant les études Médiamétrie de cette période, on se rend compte de thèmes récurrents traités dans les médias, et surtout à la télévision, autour de l’immigration, des banlieues, de la délinquance… Il y a un réel emballement médiatique autour de ces sujets, mais ce qui est intéressant, c’est que les journalistes s’en sont rendus compte. A partir de la crise des banlieues de 2005 et des mouvements anti CPE de 2006, il y a eu plus de retenue de leur part par rapport aux images.

Pourtant, le traitement médiatique des émeutes de 2005 continue d’être critiqué aujourd’hui, et l’on se souvient des images de voitures brûlées et des forces de l’ordre armées.

Durant les émeutes, les facteurs sociaux, la crise, le chômage, ont été mis en avant. En Angleterre par exemple, les émeutes de Londres de 2011 n’ont pas été traitées de cette façon, les médias ont montré les casseurs, les affrontements, ce qui a cristallisé la colère des jeunes contre les forces de l’ordre. Par ailleurs, en France en 2005, il y a eu une véritable volonté de distribuer équitablement la parole. On a entendu dans les médias des jeunes, des sociologues… Même le Parisien qui est un journal populaire avait fait une Une sur « ces quartiers qui réussissent », et des systèmes de parrainage ont été mis en place.

L'Europe face à l'emploi des jeunes: un débat sans réponses

Mathilde Lemoine, membre de la Commission Économique de la nation, Vanessa Debiais-Sainton, chef d'équipe Erasmus à la direction éducation et culture de la Commission européenne, et Abdelbasset Zintouni, président de l'Association Nationale des Jeunes Entrepreneurs se sont succédés pour animer la conférence. Un débat chiffré mais dépourvu de réponses. 
Mathilde Lemoine, Magalie Balent (modératrice), Vanessa Debiais-Sainton et Abdelbasset Zintouni 
                                                          (Crédit photo: Maud Guillot)

Des pourcentages, des statistiques, des budgets mais peu de fond. Des chiffres pour expliquer, rassurer, alarmer, justifier. 54% des jeunes qualifiés sont au chômage dans l'Union Européenne et ce « drame social » coûte 153 milliards d'euros au groupe des 27. Les trois interlocuteurs sont venus défendre l'organisme pour lequel ils travaillent, oubliant même de répondre à la question première : « Que fait l'Europe face à l'emploi des jeunes ? »

Le programme Erasmus a largement été mis en avant, et ceci toujours de manière très chiffrée : « 25ème anniversaire du programme en 2012, célébration du 3 millionième étudiant à partir en 2013, 40 000 enseignants sollicités etc. »
Vanessa Debiais-Saintons a exposé les projets de la Commission européenne pour l'emploi des jeunes : offrir un travail, une formation ou un stage à un jeune sorti du système scolaire. Elle en a profité pour rappeler que la semaine prochaine la Commission Européenne se réunirait pour prendre d'importantes décisions. « Il faut que les médias en parlent » a-t-elle demandé. Bon.

Des discours promotionnels

Abdel Zintouni a également vanté les avantages de son association. "Un exemple pour toute l'Europe, voire plus", malgré tout entièrement franco-français. Un atout majeur pour l'hexagone certes mais le sujet du débat s'est lentement effacé derrière un discours promotionnel de 15 minutes.
Même Vanessa Debiais-Sainton a semblé s'impatienter : « je crois que vous nous avez tous convaincus du bien de votre association ».

Et les digressions surviennent : l'Espagne pointée du doigt comme mauvais élève dans la crise financière, la Suède numéro un dans tous les domaines, la création de formations pour les seniors…
Bref, beaucoup (trop) de chiffres, de détours, de discours auto-flatteurs, éloignés du sujet initial. Conclusion : une uniformisation de la lutte contre le chômage des jeunes en Europe n'est pas encore envisageable. Que fait l'Europe face à l'emploi des jeunes? Elle en parle.


Vidéo: Les jeunes, des citoyens comme les autres?

Interview de jeunes grenoblois et de Valérie Fourneyron, Ministre de la jeunesse et des sports, à la sortie du débat "Et si les jeunes étaient des citoyens comme les autres".




            Interview réalisée par Maud Guillot, Camille Michelland et Marc Podevin.

Face à face avec Oxmo Puccino


L’audience du Forum Libération rajeunit avec Oxmo. De nombreux jeunes, lycéens et étudiants engagés dans des associations, prennent part à un échange avec l’icône du rap français qui se dit "engagé malgré lui". Celui-ci revient d’abord sur son investissement auprès d'UNICEF depuis octobre 2012, en tant qu’ambassadeur.



Le rappeur Oxmo Puccino entouré de son jeune public grenoblois. 
(Crédit photo: Dounia Hadni)


Le débat s’ouvre sur "l’engagement, c’est quoi?". Pour Oxmo Puccino, l'engagement c’est Jimi Hendrix et Woodstock pendant la guerre du Vietnam. Et c’est l’époque qui le dicterait aux artistes. En ce qui le concerne, c’est son expérience personnelle, l’histoire de son père, son origine malienne qui font son engagement. A l’entendre, tout ce qu'il traverse le construit, mais avant tout comme un rappeur qui "se doit de divertir". L’énergie mobilisée dans les rapports humains l’interpelle. 

Une jeune lycéenne représentante de l’UNICEF l’interroge: "Tu ne penses pas qu’il n’y a pas une seule jeunesse mais des jeunesses? Tous les jeunes n’écoutent pas la même musique, par exemple".
L’artiste acquiesce. Pour lui la jeunesse est un "concept". Il rebondit sur sa chanson "Naître adulte", qu’il a composé sur demande de l’Unicef France pour les 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. "C'est plus juste de parler d'état(s) d'esprit: on peut naître adulte" rétorque-t-il.


Le clip officiel de la chanson "Naître adulte" (2009)

L’échange se poursuit autour des enjeux d’Internet. Oxmo y voit une nouvelle drogue; d'après lui c’est dans la parole physique, humaine et concrête que se cristallise l’engagement. "L’engagement c’est aussi croire!". A la lumière de cette réflexion, la perception qu'il a de son métier décrite au début de son intervention, prend tout son sens. «Je passe tout mon temps à formuler des chocs et des traumatismes". 

Maxime, 17 ans, est ravi par cette rencontre. "Oxmo parlait avec son coeur. Il s’est montré très accessible. Pour une fois, on a eu droit à du concret dans le débat!". Amir, 20 ans, est engagé dans une association de jeunes de quartiers à Paris, appelée "La voie du maje". Il partage, à la sortie, son enthousiasme avec un groupe d’adolescents de 17-18 ans, tous engagés dans des groupes de travail et venant d’un peu partout : Rennes, Dunkerque, Paris. Allison, 16 ans, témoigne de l'importance, en tant que jeunes, de se sentir impliqués dans un discours et pas simplement spectateurs. "Ça fait du bien" confie-t-elle en esquissant un sourire.




La représentation politique de la jeunesse: un défi pour l’Europe

Mieux intégrer la jeunesse dans les processus politiques ? Un enjeu majeur autour duquel se sont retrouvés plusieurs représentants politiques. 

                          De gauche à droite: Rushanara Ali, Myriam Cissé, Gilles Kepel, et François Lamy                                                               Crédit photo: Inès Tayeb




"La participation sociale et politique des jeunes issus des milieux défavorisés est un défi majeur de la société française aujourd’hui". Gilles Kepel, politologue, ouvre le débat. La question se pose aussi en Grande-Bretagne. Rushanara Ali, députée britannique d’une circonscription touchée par la pauvreté et le chômage, à deux pas de La City (le quartier d’affaires de la capitale londonienne) prend la parole. "Cette proximité est source de conflits et d’une certaine désespérance".

Au-delà de ce clivage social, Rushanara Ali, met l’accent sur la nécessité d’intégrer la jeunesse au processus politique. Cette volonté part d’un constat : les habitants des quartiers populaires votent peu. Il n’y a donc aucun enjeu électoral pour les représentants politiques. Rhushanara Ali propose d’élargir le droit de vote aux jeunes, à partir de seize ans. "Cette question d’intégration politique doit être l’objet du débat" poursuit François Lamy, ministre délégué chargé de la Ville.

Une meilleure représentation politique de la jeunesse a aussi été évoquée par Myriam Cissé, conseillère municipale de Clichy-sous-bois. "Les jeunes me disent qu’ils ne votent pas parce que les candidats ne leur ressemblent pas", explique-t-elle. "Développer la citoyenneté" reste l’un des enjeux du débat. "Les jeunes des quartiers populaires (…) ne parviennent pas véritablement à s’intégrer dans les cultures des partis politiques pour représenter les populations dont ils sont issus", souligne Gilles Kepel.

Mais au-delà de l’élargissement du droit de vote aux jeunes à partir de seize ans, peu de solutions concrètes ont été proposées lors de ce débat. Rhushanara Ali conclut: "Les gouvernements mettent beaucoup de temps à prendre en compte les expériences du terrain, qui nous apportent un certain nombre de solutions".