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dimanche 3 février 2013

La "ghettoïsation" des jeunes n'est pas déclarée

Dans une France où le lien entre les médias et les jeunes est compliqué, mais pas rompu, Emmanuelle Vulin, Sylvain Bourmeau et Eric Valmir prônent une société dans laquelle les jeunes seraient mieux mêlés au reste de la société. Dans les médias comme ailleurs.

De gauche à droite: Emmanuelle Vulin, Sylvain Bourmeau, Edouard Daniel (Jets d'encre) et Eric Valmir
Crédits photo: Roxanne D'ARCO

"Comment, comment, comment… et jamais pourquoi ?"  Emmanuelle Vulin, une petite femme brune à lunettes, est rédactrice en chef du journal de son lycée Rom’ue-Méninges. Elle se demande aussi pourquoi le « comment » prime toujours lorsque l’on parle des jeunes dans les médias, surtout lors de manifestations – pacifiques ou non. Selon un sondage qu’elle énonce, une personne sur deux n’aimerait pas les jeunes. L’estimation est assez étonnante, suffisamment pour que l’on s'interroge aussi sur la représentation de cette jeunesse française dans nos médias.
Les jeunes, seraient-ils donc victimes d’un lynchage médiatique ? La jeune rédactrice en chef témoigne de la grande méfiance de ses camarades envers les grosses entreprises de presse généralistes, notamment la crainte de la "parole détournée". Malgré tout, elle estime que "les jeunes commencent à prendre leur place dans la société et [elle] pense que c’est en partie grâce aux médias".
Concernant la fabrication de l’information, Sylvain Bourmeau, directeur adjoint de la rédaction de Libération, avoue qu’il y a peu de renouvellement des effectifs dans les rédactions, et donc peu de jeunes. Une presse doit-elle être jeune pour parler aux jeunes ? Pas forcément, comme le soulignent le journaliste de Libération et les deux autres intervenants, Emmanuelle Vulin et Eric Valmir, journalistes à France Inter. Simplifier le discours pour se mettre à un niveau spécifique dit "plus adapté à la jeunesse" ne ferait que rabaisser leur potentiel, sans compter l’estime qu’on leur porte.

"Labéliser les jeunes serait contre-productif"

Les intervenants se positionnent contre une "ghettoïsation". En effet, "labéliser les jeunes serait contre-productif", selon Sylvain Bourmeau, qui ajoute qu'"une société qui n’écoute pas les jeunes est une société qui ne bouge pas". Pourtant, les autres corps de cette société que forment les téléspectateurs, auditeurs ou autres sont aussi à dénoncer, d’après Eric Valmir : "il y a l’idée d’enfermer les jeunes dans les caricatures car ça plait aux gens". Le journaliste est connu pour avoir eu une émission sur France Inter "les jeunes dans la présidentielle" qui portait sur la politique et la jeunesse. Il s’occupait alors d’une équipe de trente personnes âgées d'une vingtaine d'années, divisée en trois groupes. Leur mission ? Interroger les candidats à l’élection présidentielle, dans leur environnement et sans préparer les questions avec ces derniers. Une expérience loin d’être facile, mais qui a permis à France Inter de réaliser leur meilleure audience du samedi matin. La preuve qu’une station écoutée en priorité par les 35-60 ans peut diffuser un contenu accessible à tous, et ce, tout en étant réalisé par des jeunes.
Belle caution du savoir-vivre ensemble et du mélange entre générations. Dans ce sens, Sylvain Bourmeau ajoute : "un média est une structure où les gens doivent se rencontrer et vivre ensemble". Tout comme dans la société.



De haut en bas et de gauche à droite: Emmanuelle Vulin;
Sylvain Bourmeau, Edouard Daniel et Eric Valmir; Sylvain Bourmeau.
(Crédits photo: Roxanne D'Arco)


samedi 2 février 2013

Jeunes, porteurs d'espoir?

La jeunesse est l'avenir d'un pays. Une phrase souvent employée et discutée qui a pris tout son sens aujourd'hui lors du débat "Débattez-vous ! Indignez-vous ! Barrez-vous ! Mais que font les jeunes ?" Entourés de Nicolas Demorand, et de Martin Quehehen, animateur à France Culture, les jeunes ont exposé leur vision de l'engagement. Un message résolument optimiste et forcément innovant.


Bénédicte Didier (à gauche) est assise à côté de Frédéric Maillot. 
(Crédit photo : Lucie Gruau)


Le hacking, une nouvelle forme d'engagement

Désormais, les révolutions se jouent aussi sur Internet. Finis le temps des lancers de pavés. Pour se faire entendre, les jeunes ne descendent plus seulement dans la rue. S'organiser, échanger, se rassembler pour former des "network" ("réseau" en anglais), le nouveau maître-mot. "L'engagement à la papa, le syndicalisme, ça ne m'intéresse pas. Moi, je me suis rendue compte que j'étais une geek en puissance" explique à la tribune Bénédicte Didier, en service civique. Des propos que nuancent Frédéric Maillot, président du RSKP, un mouvement qui prend naissance dans les émeutes du Chaudron à La Réunion. « Il ne suffit pas de mettre j'aime sur une page Facebook pour être engagé. ». Internet devient un outil de communication mais pas nécessairement un moteur. Et même si les mouvements sociaux mutent, le combat, lui, reste et trouve ses origines en amont. Et peut, parfois, prendre racine à l'étranger.

Explorer le monde, oui mais à quel prix ?

"Se barrer", un rêve d'exil qui coûte cher. L'évasion se mérite et se paye, souvent le prix fort. Et dans un pays comme la France, qui mise surtout sur Erasmus, l'égalité des chances en matière d'échanges internationaux semblent rester un vieil idéal. Bénédicte Didier, le dit sans détours. « Concrètement, comment fait-on pour partir six mois aux Etats-Unis, ou deux mois en Irlande l'été pour apprendre à parler anglais si on pas des parents aisés ? ». Et avant tout départ, il faut un but, une envie. Ne pas seulement partir pour partir. « La mobilité ne doit pas devenir une obligation » lance Frédéric Maillot.

Penser collectif

Voyager ne suffit pas. Ce qui compte c'est de faire des rencontres décisives pour se découvrir une lutte. Et l'engagement peut prendre du temps à éclore. Les jeunes avancent à leur rythme. Mais le principal c'est « de se mettre à penser à l'intérêt général, être prêt à un don de soi. » conclut Bénédicte Didier.

Lucie Gruau

François Dubet : "Nous sommes paralysés par la grandeur de notre histoire"

François Dubet, sociologue spécialiste de l'école et de l'éducation, est intervenu lors de la conférence  "Quelle école idéale pour l'Europe ?". Entretien avec le sociologue et deux jeunes présents à la tribune.



François Dubet a notamment débattu avec Bruno Julliard et Philippe Sultan (crédit photo : Antoine Beneytou)


Ce qu’il apparaît de cette conférence, c’est que l’école française a du mal à se réformer non ?

Je crois que l’école française s’adapte aux changements sociaux parce qu’elle n’a pas le choix. Cependant ces adaptations ne sont pas pensées comme une transformation du système et donc on a un sentiment de blocage.

Comment expliquez-vous ce blocage ?
La structure même du système est très lourde, ce que Claude Allègre a appelé "le mammouth". Et puis ceux qui tirent les meilleurs résultats du système scolaire ne tiennent pas tant que ça à ce qu’il change.  Donc il faut beaucoup de volonté politique pour arriver à transformer l’école.

Vous indiquiez également que l’école accentue les inégalités sociales?
Oui. Si on compare l’amplitude des inégalités sociales avec l’amplitude des inégalités scolaires, en France, cette dernière est supérieure à l’amplitude des inégalités sociales, alors que dans d’autres pays c’est l’inverse. Donc notre école qui est très soucieuse d’égalité, en réalité, elle n’est pas très bonne dans ce registre. 

Vous parliez d’une sacralisation de l’école. Qu'entendez-vous par là ?
C’est un raisonnement historique qui consiste à dire que la France doit former des citoyens républicains. Cette France là elle a été faite par l’école. Et donc il y a une nostalgie d’un certain modèle scolaire, qui fait que chaque fois que l’école se transforme, on a l’impression qu’on va perdre notre âme et notre identité. Cela nous paralyse car il y a toujours la crainte que notre niveau intellectuel s’effondre et que les traditions nationales disparaissent. Je dirais qu’on est paralysé par la grandeur de notre histoire.






Paroles de jeunes


Au cours de ce débat il a beaucoup été question de l'état des lieux de l'école française et finalement peu de l'Europe. A la tribune Benoît et Leïla, tout deux 17 ans et en 1ère ES à la Cité Scolaire Internationale ont donné leur avis sur la situation du système scolaire français. Riches d'expériences à l'étranger, ils ont notamment indiqué que les élèves français avaient une image très négative de leur école. Nous les avons retrouvé à la fin de la conférence et ils nous ont livré leurs témoignages.

Vidéo : Quand la musique rime avec engagement


Interview d'Oxmo Puccino après son intervention auprès des lycéens de la Cité Scolaire Internationale, des jeunes ambassadeurs de l'Unicef et des membres d'associations grenobloises.
 

 
 Interview réalisée par J-L Mounier, C. Michelland et P. Cabanis

vendredi 1 février 2013

Aziz Karim, parcours d'un élève "décroché-raccroché"

La centaine de spectateurs présente à la conférence sur le décrochage scolaire a appris à le connaître. Aziz Karim Megharbi a 19 ans et fait partie de ces élèves dont on dit qu’ils n’ont jamais accroché. Mais ça, c’était avant.

Aziz Karim Megharbi (Crédit photo: Antoine Beneytou)

Aujourd’hui, le grenoblois est élève au CLEPT de Grenoble: le Collège-Lycée Elitaire Pour Tous. Il s'agit d'un établissement de l’Education nationale destinée aux décrocheurs scolaires et qui doit "permettre aux jeunes en rupture scolaire avérée de reprendre un itinéraire d’études," explique la co-fondatrice, Marie Cécile Bloch. "Visiblement, au CLEPT, Aziz Karim a appris a s’exprimer en public" sourit Philippe Douroux, journaliste à Libération et modérateur de la conférence. Volubile, réfléchi, pertinent, n’hésitant pas à interpeller la ministre déléguée à l’éducation nationale George Pau-Langevin, Aziz Karim semble aujourd’hui bien dans ses baskets.

"Un bon prof, c'est quelqu'un qui se remet en question"
Confiant, au point même de donner des conseils au micro à une adolescente décrochée scolairement : "Je suis aussi là pour que mon expérience puisse faire écho et fasse réfléchir certaines personnes. C’est pour ça que je me suis permis de lui dire de voir ce qui se faisait ailleurs". A la veille de passer son bac, le lycéen est donc pleinement épanoui. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Son décrochage, il s’en est rendu compte à 14 ans : "J’avais plein de projets, mais je me suis rendu compte que je ne pouvais pas les concrétiser", explique t-il. 
Réorienté il fréquente alors des établissements alternatifs pour le préparer aux métiers du BTP: "Mais ça ne m’intéressait pas du tout, moi ce que je voulais faire, c’était de l’informatique". Malgré une formation qui ne lui plaît guère, Aziz Karim se forme en autodidacte puis intègre le CLEPT, bien décidé à reprendre ses études. Dans un entretien d'entrée à cet établissement il explique notamment que pour lui "un bon prof, c'est quelqu'un qui sait se remettre en question". L'adolescent ne veut plus voir l'école comme un lieu d'humiliation.

Passioné de philo et futur comédien
Au CLEPT, il redécouvre les matières théoriques, le français, les maths et même la philosophie, sa matière préférée. Pas de doute il est à l’aise dans cette structure "où l’élève participe plus, et considéré en tant que personne". Même son de cloche pour Samantha, assise à sa droite, sa camarade en Terminale S: "Au CLEPT, on a confiance en moi, cela ne sert à rien de mettre la pression aux élèves, on est tous capables de faire des choses exceptionnelles". Et quid de l’avenir? Entré au CLEPT avec l’ambition de travailler dans l’informatique, Aziz Karim s’est découvert une nouvelle passion: la comédie. Une fois son bac en poche, il prévoit de suivre une formation théâtrale au Conservatoire de Grenoble.

Le témoignage d'Aziz Karim :


Vidéo: Les jeunes, des citoyens comme les autres?

Interview de jeunes grenoblois et de Valérie Fourneyron, Ministre de la jeunesse et des sports, à la sortie du débat "Et si les jeunes étaient des citoyens comme les autres".




            Interview réalisée par Maud Guillot, Camille Michelland et Marc Podevin.

Face à face avec Oxmo Puccino


L’audience du Forum Libération rajeunit avec Oxmo. De nombreux jeunes, lycéens et étudiants engagés dans des associations, prennent part à un échange avec l’icône du rap français qui se dit "engagé malgré lui". Celui-ci revient d’abord sur son investissement auprès d'UNICEF depuis octobre 2012, en tant qu’ambassadeur.



Le rappeur Oxmo Puccino entouré de son jeune public grenoblois. 
(Crédit photo: Dounia Hadni)


Le débat s’ouvre sur "l’engagement, c’est quoi?". Pour Oxmo Puccino, l'engagement c’est Jimi Hendrix et Woodstock pendant la guerre du Vietnam. Et c’est l’époque qui le dicterait aux artistes. En ce qui le concerne, c’est son expérience personnelle, l’histoire de son père, son origine malienne qui font son engagement. A l’entendre, tout ce qu'il traverse le construit, mais avant tout comme un rappeur qui "se doit de divertir". L’énergie mobilisée dans les rapports humains l’interpelle. 

Une jeune lycéenne représentante de l’UNICEF l’interroge: "Tu ne penses pas qu’il n’y a pas une seule jeunesse mais des jeunesses? Tous les jeunes n’écoutent pas la même musique, par exemple".
L’artiste acquiesce. Pour lui la jeunesse est un "concept". Il rebondit sur sa chanson "Naître adulte", qu’il a composé sur demande de l’Unicef France pour les 20 ans de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. "C'est plus juste de parler d'état(s) d'esprit: on peut naître adulte" rétorque-t-il.


Le clip officiel de la chanson "Naître adulte" (2009)

L’échange se poursuit autour des enjeux d’Internet. Oxmo y voit une nouvelle drogue; d'après lui c’est dans la parole physique, humaine et concrête que se cristallise l’engagement. "L’engagement c’est aussi croire!". A la lumière de cette réflexion, la perception qu'il a de son métier décrite au début de son intervention, prend tout son sens. «Je passe tout mon temps à formuler des chocs et des traumatismes". 

Maxime, 17 ans, est ravi par cette rencontre. "Oxmo parlait avec son coeur. Il s’est montré très accessible. Pour une fois, on a eu droit à du concret dans le débat!". Amir, 20 ans, est engagé dans une association de jeunes de quartiers à Paris, appelée "La voie du maje". Il partage, à la sortie, son enthousiasme avec un groupe d’adolescents de 17-18 ans, tous engagés dans des groupes de travail et venant d’un peu partout : Rennes, Dunkerque, Paris. Allison, 16 ans, témoigne de l'importance, en tant que jeunes, de se sentir impliqués dans un discours et pas simplement spectateurs. "Ça fait du bien" confie-t-elle en esquissant un sourire.




La représentation politique de la jeunesse: un défi pour l’Europe

Mieux intégrer la jeunesse dans les processus politiques ? Un enjeu majeur autour duquel se sont retrouvés plusieurs représentants politiques. 

                          De gauche à droite: Rushanara Ali, Myriam Cissé, Gilles Kepel, et François Lamy                                                               Crédit photo: Inès Tayeb




"La participation sociale et politique des jeunes issus des milieux défavorisés est un défi majeur de la société française aujourd’hui". Gilles Kepel, politologue, ouvre le débat. La question se pose aussi en Grande-Bretagne. Rushanara Ali, députée britannique d’une circonscription touchée par la pauvreté et le chômage, à deux pas de La City (le quartier d’affaires de la capitale londonienne) prend la parole. "Cette proximité est source de conflits et d’une certaine désespérance".

Au-delà de ce clivage social, Rushanara Ali, met l’accent sur la nécessité d’intégrer la jeunesse au processus politique. Cette volonté part d’un constat : les habitants des quartiers populaires votent peu. Il n’y a donc aucun enjeu électoral pour les représentants politiques. Rhushanara Ali propose d’élargir le droit de vote aux jeunes, à partir de seize ans. "Cette question d’intégration politique doit être l’objet du débat" poursuit François Lamy, ministre délégué chargé de la Ville.

Une meilleure représentation politique de la jeunesse a aussi été évoquée par Myriam Cissé, conseillère municipale de Clichy-sous-bois. "Les jeunes me disent qu’ils ne votent pas parce que les candidats ne leur ressemblent pas", explique-t-elle. "Développer la citoyenneté" reste l’un des enjeux du débat. "Les jeunes des quartiers populaires (…) ne parviennent pas véritablement à s’intégrer dans les cultures des partis politiques pour représenter les populations dont ils sont issus", souligne Gilles Kepel.

Mais au-delà de l’élargissement du droit de vote aux jeunes à partir de seize ans, peu de solutions concrètes ont été proposées lors de ce débat. Rhushanara Ali conclut: "Les gouvernements mettent beaucoup de temps à prendre en compte les expériences du terrain, qui nous apportent un certain nombre de solutions".  

George Pau-Langevin est arrivée à la MC2

George Pau-Langevin à son arrivée. (Crédit photo : Louis Colart)

La ministre déléguée auprès du ministre de l'Éducation nationale, chargée de la Réussite éducative, George Pau-Langevin est arrivée il y a quelques minutes à la MC2. Elle doit participer au débat intitulé "décrochage scolaire : à quoi se raccrocher ?"

Coup d'envoi du Forum Libé

De gauche à droite: Cécile Van de Velde, sociologue, Valérie Fourneyron, Ministre de la Jeunesse & des Sports, Vincent Giret, directeur délégué de la rédaction de Libération, Michel Destot, maire de Grenoble, Nadia Bellaoui, présidente de la Ligue de l'Enseignement (crédit photo: Marie Moglia)
C'est avec 45 minutes de retard que la conférence "Et si les jeunes étaient des citoyens comme les autres ?" a débuté. Parmi les idées évoquées, l'élargissement du programme européen ERASMUS aux élèves de l'enseignement professionnel, notamment les BTS.